Compte rendu des interventions  de la conférence du 28 janvier 2020 au lycée Condorcet          « SEULS AVEC TOUS » – « A TOUTE VITESSE ! » Dans le cadre de l’étude des thèmes au programme de l’épreuve de « Culture Générale et Expression » en deuxième année de B.T.S.

Compte rendu des interventions de la conférence du 28 janvier 2020 au lycée Condorcet « SEULS AVEC TOUS » – « A TOUTE VITESSE ! » Dans le cadre de l’étude des thèmes au programme de l’épreuve de « Culture Générale et Expression » en deuxième année de B.T.S.

Docteur M. GRITON,

Médecin Anesthésiste au C.H.U. de Bordeaux,

« La réanimation, entre urgence et réflexion ».

Qu’est-ce que la réanimation ?

La réanimation est un service spécialisé où sont hospitalisés les patients les plus graves. Ils y bénéficient d’une surveillance constante des fonctions vitales comme la ventilation, l’oxygénation, la pression artérielle, les fonctions cardiaque et rénale. L’objectif est de permettre si possible la survie du patient.

Les patients sont admis en réanimation s’ils présentent une défaillance d’une fonction vitale comme par exemple lors d’une infection grave (choc septique), d’une intoxication médicamenteuse, d’un polytraumatisme, d’un coma, d’une insuffisance rénale aiguë, d’une insuffisance respiratoire aiguë, après un arrêt cardiaque ou encore en post-opératoire d’une chirurgie majeure comme la chirurgie cardiaque ou digestive.

On parle d’urgence vitale lorsque le pronostic vital du patient est engagé, autrement dit lorsque des soins rapides et adaptés doivent être administrés pour lui sauver la vie. L’arrêt cardiaque constitue l’urgence vitale absolue. Chaque minute, chaque seconde compte. Plus la prise en charge est rapide, moins graves seront les séquelles et meilleures les chances de survie.

Agir à toute vitesse : stress et efficacité, voire plaisir

Le stress est une réaction biologique bien réelle à une stimulation extérieure physique, psychique ou sensorielle. Plus précisément, c’est un quasi-réflexe qui se décompose en trois phases : alarme, résistance, épuisement.

Les premiers symptômes du stress (phase de choc)

D’abord une phase de choc intervient au moment où vous recevez le stimulus  » stressant  » : votre rythme cardiaque s’emballe, votre tonus musculaire et votre taux de sucre dans le sang s’effondrent. Votre organisme va à ce moment tout faire pour s’adapter. Pour cela, votre système nerveux envoie un message à l’hypothalamus qui, en agissant sur la glande médullo-surrénale, libère de l’adrénaline. Celle-ci fournit à l’organisme l’énergie dont il a besoin en augmentant le rythme du cœur (donc son débit) pour mieux oxygéner les muscles et les tissus, et en facilitant la libération du sucre et des graisses par le foie. C’est un premier stade où la mémoire et la réflexion sont améliorées. Vos pupilles se dilatent, vous disposez d’une meilleure vision. Quelle que soit la nature du stimulus, la réponse biologique de votre organisme sera invariablement la même.

Urgence et plaisir ?

Peuvent exister différents plaisirs liés à l’urgence chez le médecin réanimateur en particulier ; la recherche de sensations fortes, de nouveauté. La récompense immédiate, la gratification d’avoir sauvé une vie, la reconnaissance, l’estime de soi, le sentiment de puissance…

Le temps de la réflexion après l’urgence :

Dans l’urgence, la prise de décision est schématique, inconsciente, intuitive, basée sur les croyances, automatique et rapide. Au contraire, prise à distance, elle est analytique, consciente, réfléchie, logique, déductive et lente.

A cela, s’ajoutent, pour le médecin réanimateur, l’expérience, la connaissance et ses ressources internes qui lui permettent de s’adapter au stress et de garder sang froid et capacité à raisonner dans l’urgence.

Être toujours à toute vitesse : les méfaits d’un stress prolongé

La phase d’épuisement

Si le stress perdure et que votre organisme est incapable de faire face car les dépenses énergétiques nécessaires sont trop importantes, vous passez à une phase d’épuisement. Vos défenses immunitaires perdent du terrain, ce qui vous rend extrêmement sensible aux agressions extérieures. Vous êtes dans un état de tension excessive. Votre soupape de sécurité explose. Apparaissent alors la fatigue, la colère, voire la dépression.

Nous n’avons plus d’énergie, nous déprimons, devenons malades, rien ne va plus… Et les méfaits peuvent être nombreux :

Hyperglycémie / Inflammation / Infections / Cancer /

Maladies cardio-vasculaires

Le stress influe fortement le système cardio-vasculaire. Il élève le rythme cardiaque et la pression artérielle.

Maladies neurodégénératives et troubles mentaux

Le stress possède un impact majeur sur les maladies neurodégénératives et les troubles mentaux. Une fois encore, alors qu’un stress ponctuel pourrait être bénéfique, un stress chronique devient l’ennemi d’un cerveau en bonne santé.

Sur le long terme, le dérèglement du cortisol provoque des problèmes de mémoire et pourrait être un facteur de risque pour la maladie d’Alzheimer.

Dépression

La dépression pourrait être provoquée par une soumission répétée du cerveau au cortisol.

On le voit, le stress chronique est très dangereux d’autant plus qu’il ne se voit pas. Quand il s’agit du stress, vous êtes votre propre ennemi !

Savoir se poser

Pour lutter contre le stress et éviter l’épuisement, il est important de savoir se relaxer. 

Pour certains lutter contre le stress, cela évoquera l’idée de faire une pause dans son activité, par exemple en faisant la sieste, buvant un verre, … Pour d’autres, ce sera au travers d’une activité sportive ou autre, permettant de servir d’exutoire aux tensions accumulées, qu’ils trouveront l’apaisement.

Autre méthode, les techniques de relaxation qui permettent d’obtenir de façon efficace et durable une réponse positive face au stress. Elles ont des effets bénéfiques, tant physiologiques (baisse du tonus musculaire, diminution de la pression artérielle, augmentation de la capacité à supporter la douleur…) que psychologiques (réduction de l’anxiété, actions positives sur les états dépressifs, sentiment de retrouver un espace de liberté à l’intérieur de soi lorsqu’on a l’impression d’être face à des situations sans issue…).

Notons qu’elles peuvent être aussi proposées aux enfants. Idéale pour apprendre à se calmer, à canaliser son énergie ou à gérer son stress ou sa colère, la méditation leur est bénéfique. C’est en effet une méthode de bien-être qui améliore la concentration, l’estime de soi et la gestion de ses émotions.

 Questions du public :

  • N’avez-vous pas l’impression parfois d’aller à l’encontre de la nature ou de la volonté du patient en le réanimant ?

Dans l’urgence, on ne se pose pas ce genre de question. Chaque seconde compte, on agit donc et on pare au plus pressé. Ensuite, on peut interroger la famille pour tenter de connaitre le contexte et les volontés du patient.

Mme Griton perçoit l’acte de réanimation comme une chance donnée au patient d’un second départ et non comme un acte contre nature.

  • Comment gérer son stress personnel en tant que médecin réanimateur ?

Il est nécessaire de mettre une barrière entre soi et le patient afin d’éviter toute projection, toute identification qui pourrait nuire à l’efficacité de la prise en charge. Il faut se protéger soi-même pour ne pas laisser l’émotion prendre le dessus sur la maîtrise exigée dans ces cas-là.

« La « slow science » ou

 Comment résister à la pression du résultat immédiat pour (re)donner du temps à la réflexion »,

M. J.-P. KONSMAN, Chargé de Recherche au C.N.R.S., spécialiste du cerveau

Etablir des jugements de vitesse par rapport aux objectifs fixés en ou pour la science

Le rôle de la science dans la société fait régulièrement débat, que ce soit par rapport à l’impact de certaines observations et interventions faites par des scientifiques ou en lien avec les grands défis de société tel le changement climatique. Une partie de ce débat semble concerner le temps, entre des développements scientifiques (d’ailleurs souvent plutôt technologiques) qu’iraient trop vite, comme pour l’intelligence artificielle, et d’autres évolutions scientifiques jugées trop lentes, par exemple pour trouver un traitement contre la maladie d’Alzheimer. Il peut être utile de donner quelques repères des durées avec lesquelles certains objectifs, pour lesquels la science a été mise à contribution, ont été ou non atteints. Ainsi, le projet Manhattan visant à doter les Etats-Unis de la bombe atomique (avec la participation du Canada et du Royaume-Uni) a pris 6 à 7 ans, le programme Apollo pour mettre un homme sur la lune, 8 ans et « la guerre contre le cancer, » lancée en 1971 pour « vaincre cette maladie redoutable » dans les 10 ans, n’a manifestement pas atteint son objectif. Il est important de rappeler que ces projets aux réussites très différentes ont pourtant bénéficié des soutiens financiers très significatifs. Ce dernier aspect résonne alors avec un autre débat récurrent sur la science, à savoir celui autour du retour (sur investissement) pour la société.

Dans ces débats, il nous semble essentiel de juger la vitesse du progrès accompli par rapport aux objectifs que la science s’est fixée ou que des décideurs ont fixé pour la science. Ainsi, des auteurs émanant du monde académique ont identifié comme objectifs pour la science : 1) établir des prédictions (par exemple pour le changement climatique), 2) proposer des représentations sous formes d’images, des cartes ou encore des graphiques, 3) améliorer nos compréhensions et explications et 4) fournir de l’information permettant de guider des politiques publiques, d’entreprendre des actions dans un temps court et de faciliter l’assimilation publiques des connaissances scientifiques (Potochnik, Idealization and the aims of science, 2018). D’autres auteurs, comme l’Europe et l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), formulent des objectifs dans le cadre de ladite économie du savoir. Dans une telle conception, on prône « […] une « science illuminant la technologie » et une « technologie équipant la science » (David & Foray, Rev. Int. Sci.Soc., 2001, p. 22) dans un capitalisme où «la science est considérée comme un réservoir de connaissances dont se nourrit la technique » (Uzunidis, Marché & Organisations, 2007, p. 119). Il va sans dire que les jugements sur les vitesses de progrès de la science seront très différents entre la perspective académique et celle de l’économie du savoir.

Le travail scientifique prend du temps

Arrêtons-nous un court instant sur ce en quoi consiste le travail scientifique pour mieux cerner les différentes étapes qui prennent du temps. Ainsi, pour un chercheur individuel il s’agit 1) de formuler un problème ou une question et analyser la littérature scientifique pertinente, 2) d’établir une méthode et un échantillon ou un modèle permettant de résoudre le problème ou de répondre à la question, 3) de déployer la méthode sur l’échantillon ou le modèle et enregistrer les résultats (mener l’enquête) et 4) de décrire la démarche, les résultats obtenus et les interprétations possibles dans un article ou un livre destiné à être publié. Par conséquent, les scientifiques considèrent faire du progrès quand ils font accroître les connaissances 1) sur le plan empirique en obtenant des nouveaux résultats par l’observation ou l’expérimentation, 2) sur le plan théorique avec des hypothèses mieux confirmées ou corroborées, 3) sur le plan pratique à travers des applications pratiques ou 4) sur le plan méthodologique par des nouvelles méthodes et techniques d’étude (Mizrahi, J. Gen. Phil. Sci., 2013).

Ensuite, à partir des publications le travail scientifique passe au niveau collectif, car aucune d’entre elles ne permet de trancher une question de manière définitive à elle seule. Ainsi, nous venons tout juste de prendre suffisamment de recul pour affirmer que les modèles climatiques depuis les années 1970s ont bien prédit l’augmentation de la température terrestre (Hausfather et coll., Geophys. Res. Lett., 2020). De la même manière, il faut des milliers de données et plusieurs études avant de pouvoir conclure quant à la taille d’effet d’un facteur de risque ou encore d’un traitement dans la recherche biomédicale (Gonon et coll., PLoS One, 2012 ; Dumas-Mallet et coll., R. Soc. Open Sci., 2017). En effet, valider un modèle ou établir des liens solides mobilise plusieurs équipes scientifiques et prend souvent plus de dix ans.

Aller plus vite en science peut s’avérer désastreux

Si, compte tenu des enjeux pour lesquels nous faisons appel à la science, nous sommes parfois tentés de vouloir aller plus vite, il est important de rappeler certains éléments contextuels. Comme nous le savons tous, un des enjeux importants est l’argent. Par rapport à la recherche de nouveaux médicaments par l’industrie pharmaceutique, il faut savoir que cette recherche demande d’investir beaucoup d’argent, et en partie, pour financer différentes étapes d’essais cliniques. L’ensemble des phases de recherche et développement plus celles des essais cliniques prend souvent autour de dix ans. Nous pouvons alors aisément comprendre pourquoi l’industrie pharmaceutique aimerait voir ces délais se raccourcir. Néanmoins la prudence s’impose. On peut citer le cas de la prise de médicaments. Si certains auteurs soulignent que : « Les antibiotiques étaient les médicaments idéaux pour mettre au point les essais cliniques contrôlés. » (Pignarre, dans Big Pharma, 2013, p. 111), ils ajoutent qu’on « ne dispose pas en médecine de médicaments qui [, comme] les antibiotiques agissent sur les causes des maladies infectieuses […] » (Pignarre, dans Big Pharma, 2013, p. 112). En effet, une bonne partie des médicaments disponibles sur le marché n’agit pas sur les causes des maladies, parce que nous ne les connaissons pas suffisamment, et est consommée pour une longue période, voire pour le reste de la vie. Or, « [n]ous ne savons pas ce que font les médicaments quand ils sont pris sur une longue période et le modèle des études cliniques […] ne permet pas de le savoir »  (Pignarre, dans Big Pharma, 2013, p. 113) et il conviendrait donc plutôt de rallonger les essais cliniques.

Bien entendu, le profit ne motive pas la recherche fondamentale. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il n’existe pas de pression pour aller plus vite. Dans ce cas, cette pression vient plutôt d’une tendance à vouloir évaluer la recherche fondamentale par des chiffres. Comme dans le monde scientifique, les discours ne sont souvent par faciles à comprendre et les acquis impossibles à quantifier, les évaluateurs se sont focalisés sur l’élément facilement chiffrable, à savoir la publication. Ainsi, la liste de publications joue un rôle de plus en plus important dans l’embauche ou une promotion d’un chercheur dans le monde académique. Le Monde a récemment consacre un dossier à ce phénomène souvent résumé dans le slogan « publier ou périr » et a conclu que : «La pression à publier augmente le risque de mauvaises pratiques […]. »   (Larousserie dans Le Monde du 04/10/2017, Science & Médecine, p. 4) En recherche, la pression du temps court, avec celle de l’argent, peut donc favoriser des fraudes et, à terme, des catastrophes sanitaires.

Des appels et des tentatives pour « ralentir » la science

Compte tenu des risques esquissés d’aller plus vite en science, nous pouvons nous attendre à voir des appels en faveur d’une science « ralentie » permettant à la science d’être plus utile et mieux intégrée dans la société. Ainsi, l’essayiste Phillippe Pignarre, fin connaisseur de l’industrie pharmaceutique, se demande alors si « [l]a mise au point de médicaments qui ne soient pas plus dangereux qu’utiles peut vraiment être assurée par un système dont la règle est de toujours aller plus vite » avant d’affirmer que « [l]a recherche scientifique a besoin d’être lente parce que les conséquences des accidents sont monstrueuses » (Pignarre, dans Big Pharma, 2013, p. 113). La philosophe des sciences, Isabelle Stenger, quant à elle, et plus par rapport à la recherche fondamentale, souligne dans son Manifeste pour un ralentissement des sciences, que : « Nous avons besoin de temps pour penser, nous avons besoin de temps pour digérer, nous avons besoin de temps pour nous mécomprendre les uns et les autres » (Stengers, ttps://www.youtube.com/watch?v=fLl19RNwELI)

Cependant, toutes les tentatives pour ralentir le progrès de la science ne sont pas a priori bien intentionnées. En effet, dans le livre Les marchands de doute, deux historiens de science établissant des parallèles entre les controverses sur le réchauffement climatique et des débats antérieurs, tels celui sur le tabagisme, les pluies acides et le trou dans la couche d’ozone. Ils décrivent comment des scientifiques « à contre-courant » ont joint leurs forces à des « think tanks » et des compagnies privées afin de remettre en question le consensus scientifique sur plusieurs enjeux contemporains et ont contribué à masquer la vérité sur le tabagisme et les différentes catastrophes environnementales.

Sites web utiles

https://www.the-scientist.com/commentary/commentary-fast-science-vs-slow-science-or-slow-and-steady-wins-the-race-61087

http://theconversation.com/how-slow-science-can-improve-the-way-we-do-and-interpret-research-90168

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/26/publier-ou-perir-une-malediction-pour-la-recherche_5191761_1650684.html

Questions du public :

Vous est-il déjà arrivé de publier de faux résultats ?

Volontairement non. Néanmoins, lorsque je suis des étudiants préparant une thèse, il faut publier des articles afin qu’ils puissent finir leur cursus. Il m’est donc arrivé de publier avant d’avoir pu avoir tous les résultats d’une expérimentation sur le long terme.

Que pensez-vous de la prescription systématique des antibiotiques ?

Dans de nombreuses infections courantes, les antibiotiques ne servent à rien ! C’est le cas des bronchites, des angines pour lesquelles on n’a pas fait de Test de Diagnostic Rapide (TDR), des rhinopharyngites, des laryngites, des bronchiolites, de la grippe et de l’asthme.

« La virtuosité en danse, la voie des records et des excès,

entre dépassement de soi et injonction d’une performance périlleuse »

Mme Madonna, conseillère pédagogique Danse du Conservatoire de Bordeaux.

Le public des spectacles de danse classique a souvent l’image de danseurs très performants. Le travail du danseur semble être d’atteindre un absolu, mais c’est impossible… on peut réfléchir au sens de cette virtuosité.

Image traditionnelle de la virtuosité du danseur classique : recherche de la perfection formelle via des prouesses qui engendrent la fascination. Quelques illustrations :

La video du ballet  « Le corsaire » dansé par Rudolf Noureev propose un exemple de cette grande virtuosité, grâce à laquelle le danseur est identifié à une sorte de surhomme, en quête du sublime.

Un extrait du Lac des Cygnes, de Tchaïkovsky,  par le Royal Ballet de Londres montre aussi un danseur dont le moteur est la perfection de la forme dans un style très classique.

Evolution : on assiste à une nouvelle quête dans la forme via un mouvement empreint de célérité et de légèreté.

Dans un extrait de ballet du chorégraphe et danseur américain, William Forsythe, on note que les enjeux et codes ne sont plus les mêmes, Le danseur recherche la rapidité et la fluidité.

Ces œuvres du « répertoire » constituent une tradition. Les danser demande énormément de travail, exceptionnellement l’artiste arrivera à les danser avec brio, dans une sorte de morceau de bravoure.

Les Indes galantes de Rameau ont été produites à l’Opéra de Paris en 2019 dans une version hip hop avec des danseurs qui amènent une esthétique bien différente. Chaque danseur y montre sa force, son individualité. On ressent la force et l’énergie du groupe.

Une tendance à la réinterprétation des danses traditionnelles régionales s’affirme actuellement. Le chorégraphe slovaque Anton Lachky en est un représentant. Les danseurs recherchent la vitesse, l’énergie et la perfection de la forme. Reste-t-il de l’émotion ?

L’oeuvre Political Mother du chorégraphe Hofesh Shechter offre un spectacle total auquel participent aussi les musiciens. Les danseurs y montrent beaucoup de détente et de relâché, un travail de dépassement de soi.

Cette tendance aux danses traditionnelles réinterprétées pose la question de la danse comme expérience humaine et sociale.

Questions du public :

La vitesse est-elle importante pour faire passer les émotions ?

Non, le danseur doit faire passer ce qu’il sent/ressent. Dans la danse contemporaine, le corps n’est pas forcément très performant. Carolyn Carlson  née en 1943 se produit encore en scène. Son corps n’en est pas moins expressif.

Comment faire ressortir l’émotion ?

Le danseur charge son geste d’intention. Il y a dans la lenteur une exigence corporelle profonde qui requiert l’engagement de l’être entier.

Y a t-il des temps de récupération pour les danseurs ?

Les solistes tournent et ne dansent pas tous les jours, mais les impératifs économiques des petites troupes peuvent faire que les danseurs dansent tous les jours.

Les danseurs recourent-ils au dopage ?

C’est leur hygiène de vie rigoureuse qui leur permet de tenir.

« Quel impact du tempo/vitesse sur la musique ? »

S. Marthouret,

Conseiller aux études du Conservatoire de Bordeaux

Comment le tempo peut-il jouer sur l’interprétation et créer de l’émotion ? L’écoute de différents extraits d’œuvres va le montrer.

Le tempo est une forme de battement et le temps entre 2 battements. C’est la vitesse d’exécution de la musique. Il s’exprime en musique classique par des termes spécifiques de « largo » très lent, à « prestissimo » très rapide.

L’ouverture de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak est un mouvement largo très connu.

Noter que jouer lentement est un exercice difficile pour un musicien qui doit faire preuve de retenue .

Le tempo peut être rigide comme dans le Boléro de Ravel. Tous les morceaux de la bande originale du film « Requiem for a dream » sont basés sur le même tempo.

Ecoute de Furiant de Dvorak en 2 versions, l’une rapide et l’autre plus lente. Les sensations sont différentes, la première version étant plus aérienne, jusqu’à pouvoir donner l’envie de danser, la seconde est plus ancrée, plus profonde.

Ecoute de 2 extraits de Pierre et le Loup de Prokofiev dans sa version originale, et dans une version retravaillée par un Big Band (The amazing Keystone Big Band) dans laquelle la phrase est cassée, destructurée.

Ecoute d’un thème de musique musette décliné en versions différentes :

  • accordéon (version musette)
  • jazz avec étirement de l’espace-temps et microcitations du thème
  • jazz avec une phrase déconstruite mais qui garde le fil.

Autre exemple de tempo traité très différemment : Bad Girls, morceau disco des années 70 interprété par Dona Summer, est repris plus tard par  Jamiroquai, qui le joue plus vite pour un tout autre résultat.

Un tromboniste suédois reprend les morceaux du légendaire groupe Abba, notamment le tube Dancing Queen avec un tempo beaucoup plus posé qui fait ressembler le morceau à une ballade.

Enfin, Phil Collins de Genesis crée le morceau That’s all en 1983 et reprend le même thème en plus swing avec un Big Band. En 2019, il en sort une 3e version dans laquelle il ne garde que des éléments, en faisant ainsi une toute autre interprétation, peut-être un appel à la méditation, à changer de vie ?

Questions du public

Y a-t-il un risque de trahison de l’oeuvre ?

Soit le musicien fait une reprise en l’état, soit il se la réapproprie complètement, dans les 2 cas se pose le problème des droits d’auteur. Si la musique est dans le domaine public, il n’y a pas de problème, sinon, il faut faire une déclaration à la Sacem et payer des droits.

Comment se crée le consensus entre le Chef d’orchestre et les musiciens ?

L’interaction n’est pas forcément verbale. Le Chef d’orchestre fait comprendre sa volonté par ses gestes, l’orchestre renvoie son interprétation. C’est l’interaction entre le Chef d’orchestre et l’orchestre qui produit l’œuvre finale. C’est donc une construction partagée. L’ambiance de la salle de concert peut aussi avoir une influence, l’acoustique d’une salle pleine étant différente.

Le plaisir d’écoute est-il le même selon les personnes ?

S. Marthouret aime toutes les musiques. La barrière de la technicité qui incline à une écoute professionnelle peut être dépassée pour retrouver l’émotion.

« Le musicien d’orchestre, seul avec tous ! »

C. Rosoor,

Directrice Adjointe en charge des Musiques au Conservatoire de Bordeaux

L’apprentissage de la pratique d’un instrument est long et lent. La progression s’effectue par palier.  Il est donc difficile de garder la motivation sur la durée. Afin d’encourager les jeunes musiciens, le Conservatoire leur fait découvrir le plaisir de jouer ensemble dès le début de l’apprentissage alors qu’auparavant on estimait qu’il fallait déjà maîtriser son instrument avant de jouer avec les autres.

Vocabulaire :

Musicien interprète classique : le musicien qui a une formation de la musique dite classique. Cette musique s’étend sur une période du moyen-âge (chant grégorien du IXème siècle à la musique écrite aujourd’hui) donc de la musique médiévale à la musique contemporaine

Musiques traditionnelles/ jazz et musiques actuelles amplifiées/ musiques du monde : musiques dites de tradition orale ou la pratique collective est au centre dès le début des apprentissages.

Mais maintenant mélange des genres et des origines musicales : ce n’est pas si simple de mettre dans des « cases »

Un « soliste » :

C’est un mot qui vient de l’italien « solo » au pluriel « soli »

Dans un orchestre, le soliste est un musicien qui joue des soli  donc qui se retrouve à jouer des parties « seul » ; c’est-à-dire avec une responsabilité complète de la partie qu’il joue.

Des « tuttistes »

Mot qui vient de l’italien Tutti, tous

Dans l’orchestre, ce sont des musiciens qui jouent une même partie tous ensemble. C’est-à-dire qu’un violoncelliste dans un orchestre joue la même partie que son voisin. Ils jouent donc tous ensemble la même mélodie.

Quelques exemples de solistes

  • Un soliste qui joue tout seul avec un orchestre qui l’accompagne

Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkowski https://www.youtube.com/watch?v=V14in2dBg2k

  • Plusieurs solistes en même temps.

Pour certaines œuvres, des solistes peuvent jouer tour à tour ou en même temps une partition différente. Concerto pour 4 claviers et orchestres de JS Bach https://www.youtube.com/watch?v=Y8nirhV8Cfg

On sent la circulation d’énergie entre eux et la qualité d’écoute nécessaire aux musiciens.

  • Solistes qui forment un petit ensemble

Stomp est une troupe de huit artistes musiciens. Que ce soit sur scène ou en extérieur, la troupe se sert d’objets du quotidien pour faire de la rythmique percussion, dans cette vidéo, des ballons de basket. A titre individuel, le musicien doit être très performant et il doit être capable aussi d’un travail de synchronisation avec le groupe. https://www.youtube.com/watch?v=zYXUm8GgPjE

Les pupitres de l’orchestre

Les instruments sont regroupés par « pupitres ».

Ils sont plus ou moins nombreux selon l’œuvre qu’ils jouent :

Ensemble instrumental (5 à 20 musiciens)

Orchestre de chambre (orchestre da camera/ orchestre da Chiesa) : 20 à 40 musiciens

Orchestre symphonique de 40 à 120 musiciens (époque classique/époque expressionniste)

Plan de l’orchestre

Le soliste /le héros romantique

Le XIXème siècle voit en histoire de la musique comme dans les autres arts le développement du mouvement romantique avec comme caractéristique principale pour la musique : l’apogée du soliste virtuose qui dépasse les limites de lui-même et de son instrument.

Paganini est un des plus célèbres compositeurs violoniste de cette période là mais aussi des compositeurs pianistes comme Chopin ou Liszt. Ils ont repoussé les limites de la virtuosité.

Conclusion :

Un musicien d’orchestre est un musicien dont les compétences individuelles sont très développées et son métier est de mettre ces/ses compétences au service d’un collectif pour construire une œuvre écrite par un compositeur et en direction d’un public.

Extrait de l’Ode à la joie, jouée devant la cathédrale de Nuremberg. https://www.youtube.com/watch?v=a23945btJYw

Une  jeune flûtiste égrène seule les premières notes de l’Ode à la joie, puis viennent se joindre à elle les instrumentistes au milieu d’un public de passants et de curieux. Ces images montrent un moment où des individus, musiciens ou spectateurs vont s’agréger pour former un groupe vivant autour de la musique et être, chacun à leur façon, « seuls avec tous » !

Question du public :

Comment le musicien articule-t-il son jeu avec celui des autres membres du groupe ?

Il y a une vraie difficulté dans le dialogue entre le musicien et les autres instrumentistes. Il doit trouver un équilibre entre ce qu’il joue et ce que jouent les autres au même moment. Certains musiciens privilégient les petites formations pour un accord parfait.

On peut dire que l’individu aide le groupe et le groupe aide l’individu.

« Montaigne, un ermite voyageur »,

M. Jean Eimer,

Journaliste et Ecrivain

On dit souvent de Montaigne qu’il s’est retiré dans sa tour d’ivoire, cette image est trompeuse car Montaigne fut un homme très ouvert sur son siècle. Montaigne a souvent quitté sa chère librairie remplie de livres où il réfléchissait et écrivait pour affronter les difficultés d’une époque violente.

Il nait en 1533 au château de Montaigne, à la limite de la Gironde et de la Dordogne, dans une famille de riches commerçants bordelais. Le grand-père de Montaigne a été jurat et son père maire de Bordeaux. Sa famille avait donc une position importante dans la ville.

Michel Eyquem de Montaigne est mis en nourrice jusqu’à l’âge de 3 ans puis repris par ses parents pour recevoir une éducation. Son père choisit un professeur allemand ne parlant pas français et qui va donc parler en latin à son jeune élève. Ainsi, Montaigne parle à 6 ans un latin très pur. C’est à cet âge qu’il est envoyé à Bordeaux au collège de Guyenne qui est alors réputé pour la qualité de son enseignement.  C’est un élève brillant intellectuellement mais très malhabile.

A 13 ans, il sort du collège et part à Toulouse, arrive adolescent à Paris où il se comporte en dandy et vit une vie mondaine.

Il est ensuite magistrat à Périgueux avant de revenir à Bordeaux où il sera magistrat pendant 13 ans. Il doute de la justice des hommes et quitte son poste pour s’installer au château dont il est devenu l’héritier.  C’est à ce moment qu’il se met à écrire et décide de se prendre comme sujet de ses écrits. Il a environ 37 ans quand il se lance dans l’écriture des Essais, son écriture lui prendra 20 ans. Il y parle de sa vie qui est tout en mouvements et contradictions. Au fil des différentes éditions, il revient souvent en arrière pour préciser sa pensée, ce qu’il appelle les « allongeailles ».

Montaigne est néanmoins un homme d’action qui suit le roi et sa cour dans le contexte des guerres de religion qui opposent catholiques et protestants. Il devient conseiller des princes, notamment de Henri de Navarre, futur Henri IV, dont il devient un proche.

En 1580, il publie la première édition des Essais et part faire un grand voyage à travers l’Europe. A son retour il devient maire de Bordeaux dans une époque politique troublée pendant laquelle il ne ménage pas ses efforts pour conserver la paix.

A la fin de son 2e mandat de maire, il retourne dans son château afin de continuer à écrire. Il y meurt le 13 septembre 1592 à 59 ans.

Question du public :

A propos de son amitié avec La Boétie

Montaigne rencontre La Boétie à Bordeaux, alors qu’ils y sont tous les 2 magistrats. Etienne de la Boétie a 3 ans de plus que lui. C’est un homme brillant. Montaigne lui voue une profonde admiration. Leur amitié dure 5 ans et s’achève avec la mort précoce de La Boétie, probablement de la peste. Montaigne reste désemparé et il est probable qu’il se soit mis à l’écriture pour faire face à cette perte.